Eh bien oui, qui dit élevage, dit sélection 🙂 Ce mot effraye, certaines personnes pensant même parfois que cette sélection se fait purement et simplement par l’euthanasie des chatons les moins beaux ! Non, la sélection ne tue aucun chat, Dieu merci, au contraire, elle est dans l’intérêt même du chat à naître !
Expliquons un peu de quoi il s’agit :
En fait il ne suffit pas de mettre une chatte et un chat ensemble, de les laisser s’accoupler, pour se prétendre éleveur.
Prenons un exemple simple : Admettons que vous ayez une chatte siamoise. Elle a de très belles qualités, un corps tubulaire et élégant avec une longue queue très fine, des yeux bleus en amande magnifiques, un nez bien long et droit, mais hélas, ses oreilles sont trop hautes. Si vous la mariez à un mâle ayant lui-même un mauvais port d’oreilles, vous avez de fortes chances d’avoir des chatons qui auront eux-mêmes, un port d’oreilles encore plus médiocre. Il va donc falloir choisir pour votre siamoise, un mâle avec un très bon port d’oreilles, voire même, avec des oreilles très basses, afin de mettre le maximum de chances de votre côté, pour que les oreilles des futurs chatons ne suscitent de la part des juges en expo, que des commentaires élogieux 🙂 C’est de la sélection.
Bien sûr, dans la réalité, ce n’est pas aussi simple que ça. La correction des défauts morphologiques se fera souvent sur plusieurs générations. Dans le cas de cette siamoise, il ne sera sûrement pas évident de trouver le mâle parfaitement typé. Il aura peut-être lui-même quelques défauts, et il faudra donc, que les qualités de la femelle compense les défauts du mâle, et vice versa. C’est souvent un casse tête (mais si c’était facile, où serait le plaisir de l’élevage ?).
Ensuite, dans le choix du mariage, il va falloir veiller, toujours par la sélection, à reproduire avec des chats issus de lignées saines. Vos reproducteurs ne doivent pas être porteurs de tares génétiques. Ainsi, si vous élevez des persans (et même si vous voulez simplement faire une seule portée avec votre persane), vous ferez obligatoirement passer chaque année à vos reproducteurs, une échographie rénale, chez un spécialiste en imagerie médicale pour le dépistage de la PKD (maladie qui développe des kystes sur les reins et détruit la fonction rénale, entraînant plus ou moins vite, le décès du chat).
En sphinx, nous commençons à nous préoccuper des risques de cardiomyopathie hypertrophique… Maladie cardiaque déjà très répandue chez le maine-coon, le persan et type persan, et les chats de gouttière, qui constituent le gros de la clientèle de la consultation cardiologique de l’Ecole Vétérinaire de Maison Alfort…
Pour d’autres races (abyssins, orientaux) le problème est l’amyloïdose, pour laquelle il n’existe pas de test de dépistage. Pour cette raison, il est nécessaire d’étudier soigneusement la généalogie (pedigree) et de recueillir des informations sur les ascendants, afin de s’assurer que les chats que l’on va faire reproduire n’appartiennent pas à une lignée à risques élevés.
Comme vous le voyez, l’élevage félin est une activité certes passionnante, mais non dénuée de complexité, qui nécessite un certain travail de recherche, sur le standard, les lignées, la génétique des couleurs, les avancées vétérinaires, et où le hasard n’a pas sa place. Faire reproduire des chats, c’est travailler sur du vivant. Cela doit se faire en toute connaissance de cause, avec une préparation soigneuse et impérativement, avec la prise en compte des critères de santé. Le bien être et la santé des futurs chatons en dépendent.
Souvent, on demande aux éleveurs pourquoi ils n’approuvent pas la reproduction chez des particuliers non éleveurs, désirant une portée pour leur plaisir.
La raison est simple, si vous avez lu les précisions ci-dessus, vous comprenez qu’avant de faire reproduire des chats de race, il est important de prendre en compte des critères, qui vont éviter à vos chatons d’avoir des problèmes de santé.
Il faut aussi veiller à ce que des petits défauts morphologiques présents sur les chats vendus pour la compagnie, défauts que le profane ne décèlent pas, mais qu’un juge ou un éleveur repèrent très vite, ne s’aggravent pas sur les chatons en raison d’un mauvais mariage.
Or, si un crochet au bout de la queue du chat ne pose pas de problème sur le plan esthétique et de santé, il traduit tout de même un problème osseux sur la colonne vertébrale. Si le chat porteur de ce défaut est marié avec un autre chat ayant aussi un problème de queue (ou simplement porteur), les chatons risquent d’avoir des problèmes osseux plus important.
Autre exemple : Si l’on marie une chatte légèrement prognathe (mâchoire supérieure plus longue que la mâchoire inférieure), avec un mâle lui-même prognathe, on va aggraver ce défaut sur les chatons, et certains auront peut-être des problèmes pour se nourrir correctement.
Il faut aussi tenir compte des risques de maladies génétiques, dont les tests sont coûteux.
Or, un particulier non éleveur, mal informé, n’est pas conscient de ces risques. De part les difficultés qu’il rencontrera pour trouver un étalon pour sa femelle, il devra se montrer moins exigeant sur le choix du mâle. Peu d’éleveurs prêtent leur étalon en saillie à des particuliers. Les saillies extérieures se font en général entre éleveurs qui se connaissent.
De plus, beaucoup de gens pensent que les chatons s’élèvent seuls, que la chatte elle-même met bas seule.
Malheureusement, et même chez les chattes de gouttière, une mise bas se déroule parfois mal. Un chaton qui reste coincé dans le vagin de la chatte, ou qui se présente par le siège et reste bloqué, une absence de contractions, un chaton qui naît inanimé, une chatte qui ne déchire pas les poches, sont des problèmes qui se présentent plus fréquemment qu’on ne le pense. Mieux vaut donc être préparé soigneusement à ces éventualités, et savoir agir, être conscient assez vite quand la présence du vétérinaire va être nécessaire pour une éventuelle césarienne. Sans parler des règles d’hygiène à connaître (désinfecter les cordons)
Il faut donc se rendre disponible pour la naissance, mais également, savoir que l’on peut être obligé de biberonner les chatons. Parfois en effet, la mère ne produit pas suffisamment de lait, ou bien, refuse carrément de s’occuper de ses chatons ! Dans ce cas là, il faut prendre le relais, et donner aux chatons un biberon toutes les 2 ou 3 heures, et ce, de jour comme de nuit, pendant une quinzaine de jours. Et c’est épuisant… Autant sur le plan moral (angoisse de ne pas sauver les chatons) que sur le plan physique (impossible de faire une nuit complète). Et biberonner une portée de 5 chatons, ne se fait pas en 15 mn…



